Par Roland Rugero

Ils sont déjà là. Venus des quatre coins du monde pour les expériments, des jeunes découvrent et vivent l’Afrique à travers le Burundi. Premiers témoignages, premières rencontres…

De Langsdorff (g), avec des jeunes chez les Soeurs de Calcutta à Kajaga
De Langsdorff (g), avec des jeunes chez les Soeurs de Calcutta à Kajaga

Les regards sont joyeux, les sourires accueillants. Dans le petit restaurant de l’hôtel du CEPRODILIC, ils forment un rond paisible autour d’une table nappée en rouge. Présentations d’usage. Gentille moue à gauche, regard complice à droite. J’embraye avec les questions : « Pourrais-je savoir votre nom… » Regard lourd. On m’avertit que mon interlocuteur parle plus anglais que français. Je me convertis illico en anglophone d’occasion. Et le dialogue commence. « Je m’appelle Sébastien, j’ai 19 ans et je suis autrichien » me répond le grand gaillard blond, un peu timide sur les bords. Le jeune homme se souvient des circonstances où il s’est décidé à venir au Burundi pour le premier Congrès mondial des anciens des Jésuites tenu en terre africaine: « C’était lors de la réunion de la Confédération Européenne des anciens élèves des Jésuites à Budapest en Hongrie» complète Sébastien. Même chose que pour la plupart de ceux qui sont autour de la table. Après cette rencontre en Hongrie, Julie, 19 ans et Belge participera d’ailleurs à la traduction du fascicule présentant le Congrès de Bujumbura en néerlandais. Pour presque tous, c’est la première venue en Afrique, même si Sébastien avait déjà fait la Tanzanie et le Zimbabwe vers ses 10 ans.

Le charme diversifié du Burundi

« La première chose qui m’a frappé en descendant de l’avion, c’est l’odeur. L’air sent le feu de camp, des senteurs de bois… » évoque dans un charmant sourire Julie. Pour Alexandra, 18 ans et fraîchement débarquée d’Anvers, son étonnement porte sur les tenues vestimentaires des Burundais : « J’avais cru que les gens s’habillent d’habits typiquement africains…, mais je ne vois que pantalons, culottes, jupes ou robes. Je reconnais beaucoup plus l’Occident que l’Afrique » témoigne-t-elle.
Elève à l’Institut Catholique des Arts et des Métiers de Lille, Marie-Aimée redécouvre l’Afrique, car elle n’avait déjà passé sur le continent noir que … 24heures, « lors d’un atterrissage à Yaoundé.» De nature, cette jeune fille au regard pétillant de vie n’aime pas les idées préconçues : « Par exemple, je ne savais pas quelle était la monnaie du Burundi avant que je ne vienne… C’est une démarche qui rend plus vivantes les rencontres que je pourrais faire, et qui m’emmène à les vivre d’un regard plus accueillant » indique Marie-Aimée. Ce qui l’a impressionnée au Burundi, c’est l’espoir qui brille dans les regards. Après une journée passée à la FVS-Amade, une association qui vient en aide aux enfants atteints de SIDA, elle parle de « ces enfants qui ont de quoi s’apitoyer sur eux-mêmes, mais qui gardent un regard vivant. » Une impression qu’elle partage avec Sébastien : « Les gens semblent plus accueillants que chez nous, en Europe. Ils semblent heureux même s’ils sont pauvres, très paisibles aussi… » Gresz Orsolya, 26 ans et Hongroise s’attend elle à découvrir ce qu’elle a jusqu’ici appris dans les facs : « Je fais des études en Droit humanitaire international, et l’idée de voir sur terrain les réalisations du CICR ou du HCR me réjouis fortement…»

Auprès des jeunes en difficulté

Ces regards enfantins émerveillés par une si grande simplicité, une tendresse inattendue… Tout cela constitue une forte trame des experiments. Ainsi, ces moments passés au centre d’accueil des Sœurs de Calcutta, situé à Kajaga. Ici, c’est un bruit de fond des vagues du Tanganyika. A midi, les bébés dorment. De vieilles mamans rangent les langes des nourrissons. Des gamins apparaissent, joyeux d’accueillir encore une fois l’équipe des visiteurs. Méshak, Ndayishimiye, de petites mains qui veulent jouer. Des regards parfois absents… Alexandra témoigne : « Elle s’appelle Nina. Elle s’est assise auprès de moi, puis elle m’a dit qu’elle était séropositive. Elle sait qu’elle va mourir. Mais elle a encore des rêves : elle m’a demandé de lui apprendre à compter en anglais.» Au-delà de la découverte des différences culturelles, c’est toute cette richesse qui s’offre à ces regards qui découvrent pour la première fois l’Afrique. La pauvreté, la tristesse aussi, mais toujours de l’espoir…
Président de la Confédération Européenne des anciens des Jésuites, Eric de Langsdorff se réjouit de l’accueil réservé aux différentes délégations : « Le vice-président de l’Association Burundaise des Anciens des Jésuites a tenu à être à l’aéroport pour nous accueillir personnellement, ou encore à l’hôtel pour savoir si nous étions bien traités. » Pour Eric de Langsdorff, le Congrès de Bujumbura a pour vocation de dévoiler une image positive de l’Afrique : « On attend aussi une sensibilisation des anciens élèves des jésuites sur les défis à relever pour développer l’Afrique. Un travail qui va au-delà de la réflexion pour se concentrer sur l’action. » Pour lui, c’est tout un symbole que la première tenue du Congrès des anciens élèves des Jésuites en Afrique se fasse au Burundi : « C’est un pays qui a été accablé par des drames humains. Mais c’est peut-être aussi d’ici que doit repartir l’espoir dans toute la sous-région. » L’autre défi pour ce Congrès réside dans ces retrouvailles autour des pères jésuites, très engagés dans les missions ici en Afrique : « En tant que leurs anciens élèves, il nous faut réfléchir sur la manière de les soutenir, par la prière, moralement ou matériellement» complète Eric de Langsdorff. Les experiments constituent ainsi une très forte expérience, qui rappelle à Eric de Langsdroff le Congrès de Versailles en 1986 : « Cela serait triste si les jeunes quittent l’Afrique, du moins le Burundi sans avoir vécu la réalité quotidienne. »