0. INTRODUCTION

Le prochain SYNODE DES ÉVÊQUES sur l’Afrique qui se tiendra en a Rome en Octobre de cette année a comme thème « L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix », «Vous êtes le sel de la terre …Vous êtes la lumière du monde» (Mt 5, 13.14).
En effet depuis le premier synode sur l’Afrique, la construction, la promotion, et la consolidation de la paix sur le Continent est une priorité de l’Eglise africaine.
Les Evêques d’Afrique sont convaincus que les conflits qui ont ravagés le continent africain depuis l’indépendance et qui en certains endroits continuent aujourd’hui, sont, un des freins de son décollage économique et de son développement.

Aujourd’hui la construction de la Paix en Afrique demeure un défi majeur. Ceci au regard des zones où les conflits violents sont encore encours.

0.1. La carte des conflits violents en Afrique.

Un regard rapide sur la carte des conflits en Afrique montre que ce contient connaît des conflits dans plusieurs de ses régions.

  • A l’Est, le conflit de la corne de l’Afrique qui par le passé avait opposé l’Ethiopie et l’Erythrée et qui s’était difficilement apaisé, se prolonge entre autres aujourd’hui par d’autres acteurs interposés dans la guerre actuelle en Somalie.
  • Au Nord-Est, le conflit au Darfour nous rappelle que le Soudan n’a pas fini avec ses longues guerres, malgré des progrès louables de l’accord de paix entre Khartoum et la rébellion du Sud-Soudan. Le prolongement de ce conflit aujourd’hui au Tchad et l’insécurité qu’il crée en République Centre Africaine (RCA) fait craindre un embrasement de toute la région.
  • Au sud, la question de la terre au Zimbabwe fait craindre, que la stabilité en Afrique du Sud qui a des problèmes similaires, ne soit que momentanée. Quant à l’Angola, les plaies de la longue guerre civile exigeront encore beaucoup de temps pour se refermer.
  • Au nord-ouest, le conflit du Sahara occidental oublié par la majeure des pays, ainsi que l’intégrisme en Algérie ne pourraient rester longtemps sans solution, sans hypothéquer la paix dans cette zone.
  • A l’Ouest, La construction lente et pénible de la paix en Côte – d’Ivoire nous rappelle que les conflits en Sierra Leone et au Libéria n’étaient pas des cas isolés.
  • Les tensions permanentes dans la région du Delta et les sporadiques affrontements entre Musulmans et Chrétiens au Nigeria suscitent toujours aujourd’hui des inquiétudes.

Dans ce décor général d’une Afrique agitée et secouée, l’Afrique centrale, reste malheureusement le ventre mou. Cette région paye encore les conséquences des crises des grands lacs où génocides, massacres et violations flagrantes des droits de l’homme ont rivalisé avec la faim, les maladies, les pillages, la destruction, et l’effondrement des valeurs [Ndr : Mohamed el hacen ould Lebatt, Facilitation dans la tourmente : deux ans de médiation dans l’imbroglio congolais, l’Archipel, 2005, p17.].

Au regard donc de ce tableau, l’on peut dire que construire la paix et promouvoir le développement sont, pour l’Afrique, les enjeux de tailles.

0.2. Causes des conflits en Afrique

Plusieurs études suggèrent que les causes structurelles des conflits en Afrique sont de trois grandes catégories :

  • La mauvaise gouvernance,
  • La tension autour des ressources ;

Les différences ethniques et les nationalismes.

1.1. La question de la gouvernance.

En ce qui concerne la gouvernance, certaines études suggèrent que l’héritage colonial en Afrique est l’une des raisons expliquant l’instabilité apparemment endémique de ce continent. Les structures de gouvernance issues de la partition du continent ont jeté le fondement d’un jeu politique d’exclusion et de la montée des régimes intolérants, autoritaires qui ont nourri la dissidence et fait le lit des conflits violents. Par la suite, avec la décolonisation, « Des années de guerre froide ont ancré des structures de gouvernance faussée, les superpuissances se souciant davantage de se damer le pion dans chacun de ces pays que, d’une part, rendre la nouvelle génération post-coloniale de dirigeants comptables de leurs actes et, d’autre part, encourager un véritablement mode de gouvernance démocratique [Ibidem]».

Cette mauvaise gouvernance qui a caractérisé les Etats postcoloniaux était encouragée par les anciens colons devenus « la communauté internationale ». Celle-ci offrait les moyens et le soutien politique à ses clients, tout en considérant que la corruption, les violations des droits humains, l’absence d’un état de droit, ou les fraudes électorales n’étaient que des problèmes secondaires [Ndr : Centre d’Etude Stratégique de l’Afrique, séminaire sous- régional, « Comprendre les causes profondes des conflits en Afrique centrale », Cameroun-Yaoundé, 2004, p.6.].

C’est cette situation qui dans les années 90 a « menée à l’implosion ou à l’effondrement des alliances politiques existantes. Sans protection internationale directe et sans argent, les détenteurs du pouvoir dictatorial parvenaient de moins en moins facilement à contrôler les oppositions, les insurrections ou les rébellions internes» [Ndr : Centre d’Etude Stratégique de l’Afrique, séminaire sous- régional, « Comprendre les causes profondes des conflits en Afrique centrale », Cameroun-Yaoundé, 2004, p.7.].

1.2. Le contrôle de l’économie.

« La cupidité, et non les griefs politiques expliquent au mieux l’instabilité dans ce continent [Ndr : Ballentne K et Nitzchke H. (2003) Beyond greed and grievance : Policy lessons from studies in the political economy of Armed conflict. International peace Academy report.]». L’accès par tous les moyens au pouvoir politique et le contrôle économique sont des moteurs des conflits violents sur le continent. Ces pouvoirs (économique et politique) se concentrent généralement dans les mains de quelques élites locales, généralement soutenues par des acteurs politiques et économiques internationaux.

1.3. La question identitaire.

Pour la troisième thèse [Plus discutable mais qui a l’avantage de poser la question culturelle ], le colonialisme et d’autres facteurs plus récents en rapport avec les ressources se greffent simplement sur une mosaïque de méfiance et de violence entre groupes ethniques, nationalités ou communautés, antérieurs à la colonisation et préexistante depuis des générations.

Pour éviter toute généralisation, nous allons nous exercer à analyser les conflits en Afrique Centrale à partir de celui de la RDC, retenir les grandes tendances de celui-ci, relever ses défis et indiquer les initiatives de paix en cours et les défis pour les pays de cette région.

2. LES CONFLITS EN RDC

La RDC est au cœur de l’Afrique centrale. La majorité des pays à ses frontières [Ndr : République Centrafricaine (RCA), Congo(Brazza), Angola, Rwanda, Soudan, Ouganda, Rwanda, Burundi. ] ont connu des conflits de nature et d’ampleurs très différentes (guerre civile, guerre interétatique, guerre intra-étatique, guerre de libération, conflit de faible intensité, insurrection, coup d’Etat, sécession, agression…).

La RDC a connue successivement deux guerres. La première à couvert la période de septembre 1996 jusqu’ au 17 mai 1997 et la seconde, celle du 2 août 1998 jusqu’en 2003.

2.1. La guerre des armées sans frontières (1996-1997).

La première guerre en République Démocratique du Congo à mise directement ou indirectement en contribution les armées de plus de 9 pays. (Rwanda, Burundi, Ouganda, Tanzanie, Zambie, Angola, Zimbabwe Erythrée, Afrique du Sud). L’objectif déclaré de cette coalition était de chasser le dictateur Mobutu du pouvoir. Mais à coté de cet objectif commun, chaque pays de la coalition avait aussi son propre agenda.

Par exemple pour le Rwanda, qui donna la majorité des troupes, l’objectif immédiat était de détruire les camps des réfugiés rwandais, venus pendant le génocide, à la frontière de l’Ex-Zaïre, de les contraindre à retourner au pays, et de pousser les récalcitrants loin dans la forêt humide à l’intérieur du Congo. Mais l’agenda était économique, pour la majorité des pays impliqués dans la guerre.

Certains acteurs internationaux sponsor de la guerre poussaient carrément l’agenda de l’explosion et la désintégration de la RDC en 4 zones linguistiques [Ndr : Suwahili à l’Est, Tshiluba au Centre, Kikongo à l’ouest, Lingala ou Nord-Ouest.]. Ceci rendrait possible une influence anglophone de la partie est de la RDC désormais sous contrôle de l’Ouganda et du Rwanda. Pour ceux – ci, les négociations économiques seraient rendues faciles face à des unités territoriales plus réduites (Ituri, Kivu, Katanga etc…).

Quant à Désiré Kabila, alors porte parole de « ces armées sans frontières », il était habité par son vieux rêve de chasser « l’impérialisme » dont Mobutu était le symbole.

En 1996, cette coalition de ces « freedom fighters … » trouve Mobutu malade d’un cancer, abandonné par la France et les USA, à la tête d’un pays qu’il avait ruiné et fragilisé par 32 ans de dictature. Bref un pays incapable de se défendre.

2.2. Une guerre des étrangers sur le territoire congolais.

La guerre en République Démocratique du Congo sera principalement la rencontre des différentes guerres qui se déroulaient en Afrique centrale, le prolongement des conflits internes des pays voisins [Ndr : La guerre en RDC sera le prolongement en RDC de 10 ans de guerre du Rwanda. L’Armée Patriotique Rwandaise (APR) ( ) y croisera le fer depuis septembre 1996 avec les ex- Forces Armées Rwandaises (FAR) et autres milices rwandaises. Elle sera aussi le prolongement de 16 ans de guerre en Ouganda (L’armée Ougandaise poursuivra en RDC ses rebelles (Nalu). De 8 ans du Burundi. L’armée burundaise y affronte ses multiples rébellions (FDD, FNL,) et de 25 ans de guerre d’Angola L’Angola y prolonge sa guerre contre l’U.N.I.T.A de Savimbi.] sur le sol congolais.

L’onde de choc sera amortie par l’étendue du territoire et le refus de la majorité des Congolais [Ndr : Le mouvement politique « AFDL » qui portera les intérêts de toutes ces forces, sera un mouvement éclaté et souffrant d’une forte crise d’identité et d’idéal. Il sera qualifié, par son propre président Laurent Désiré Kabila, après son effondrement, d’un « conglomérat d’aventuriers et d’opportunistes ». L’on ne pourrait pas dire mieux.] des s’embarquer dans des agendas inconnus. Le pays entrera cependant dans une phase de convulsions dont les conséquences continuent à martyriser sa partie orientale.

2.3. La guerre de pillage des ressources naturelles (1998-2003)

Après leur prise de pouvoir à Kinshasa, le 17 mai 1997 [Ndr : Les prétextes de 1996 étaient démonétisés. Il ne pourrait plus s’agir ni de la guerre des Banyamulenge, ni du combat pour la nationalité. ], les pays engagés dans la guerre en RDC en 1996 n’étaient pas parvenus à s’accorder sur les intérêts des uns et des autres. Ils recommenceront une nouvelle guerre (2 Août 1998), les uns contre les autres. Leur coalition éclatera en deux blocs. D’une part il y a le trio Rwanda, Ouganda, Burundi et d’autre part l’Angola, le Zimbabwe, la Namibie [Ndr : Ces alliances en avaient appelé d’autres. Certains pays francophones d’Afrique (le Congo – Brazzaville, le Gabon, le Sénégal, le Tchad, le Cameroun, la République Centrafricaine) se sont rangés, au moins dans le discours, du coté de l’Alliance pro - Kinshasa. Tandis que l’Afrique du Sud, le Botswana, la Zambie, l’Erythrée, soutenaient l’Alliance contre Laurent Désiré Kabila.].

Les raisons officielles qui avaient donné naissance au conflit iront de mutation en mutation et influencerons d’autres conflits dans la sous-région [Ndr : Les troupes du Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba iront en République Centre-Africaine pour soutenir l’ancien Président Ange-Félix Patassé, alors que les troupes tchadiennes arrivaient pour soutenir son successeur, le général Bozizé. On a aussi retrouvé d’anciens membres de la garde présidentielle de Mobutu au Congo-Brazzaville, ainsi que d’anciens membres des forces armées rwandaises. ].

C’est donc avec raison que certains observateurs de la scène politique Africaine ont dit que la guerre en RDC était la première guerre mondiale Africaine [Ndr : Braeckman Collette, L’enjeu congolais. L’Afrique centrale après Mobutu, Fayard, 1999, 428 pages. ]

2.4. Un leadership militaire aux solutions violentes.

Certaines études affirment que les raisons de conflit en Afrique peuvent aussi être analysées en considérant les personnes en position de leadership. De ce point de vue, le conflit en RDC a une genèse et un développement dont les principaux animateurs sont connus. Il s’agit principalement d’une poignée de chefs militaires actifs déjà dans un certain nombre de conflits en Afrique Centrale et Orientale. Il est possible de lire ce conflit à travers le parcours de ces personnes ; de l’Ouganda (1986) au Rwanda (1990-1994) et au conflit en RDC (1996) [Ndr : L’Etat major de Museveni, (Salim Saleh, général Kasini, général Rwigema, le Général Kagame, le Général Kayumba, le Général Kabarebe ) arrivé au pouvoir en Ouganda en 1986 sera celui qui quatre années (1990) plus tard s’engagera dans la guerre contre le Rwanda. Certaines personnes de cette équipe dont le Paul Kagame, James Kabarebe et Kayumba se retrouveront après 4 ans d’une lutte sanglante (1990-1994) au pouvoir au Rwanda. Ceux-ci n’hésiteront pas après seulement 2 ans (1996), malgré la gravité du génocide, à se lancer dans un autre épisode guerrier en RDC. L’on retrouvera en 1997 comme chef d’Etat Major de l’armée Congolaise James Kabarebe. ].

Bon nombre de chef de la nouvelle classe politique et militaire arrivée aux affaires dans cette région venaient directement des maquis. Ils faisaient peu cas de démocratie et de respect des droits humains. D’autres ont même fait des massacres à grande échelle, des crimes contre l’humanité, des génocides un mode de conquête, de conservation et de gestion du pouvoir.

2.5. Conflit sur fond de mauvaise gouvernance.

Ces conflits ont été aussi favorisés par l’absence, pendant des longues périodes dans cette région, de régimes démocratiques et l’absence de l’alternance du pouvoir. La pratique ici était les coups d’Etat, les guerres civiles, l’assassinat des chefs d’Etats et d’autres formes violents et non démocratique d’accès et de conservation de pouvoir politique.

2.8. L’entrée en jeu d’une criminalité internationale organisée.

Ce conflit a aussi vu apparaître dans la région une maffia politico - financière.

Le rapport des Nations Unies du Groupe d’experts sur l’exploitation illégale des ressources naturelles en RDC publié le 12 avril 2001 affirme au n° 213 que « les principaux motifs du conflit en République démocratique du Congo sont devenus l’accès à cinq ressources minérales de première importance : colombotantalite, diamant, cuivre, cobalt et or ainsi que le contrôle et le commerce de ces matières ». Depuis 1996 cette région a été laissée à la merci des affairistes de tout bord. D’où la criminalisation de l’Etat, de l’exploitation des ressources naturelles et du contrôle des matières précieuses.

Le même rapport des N.U affirme en outre pour ce qui est de la criminalité (au n° 214) que : « le pillage, l’extorsion et la constitution d’associations de criminels sont devenus choses courantes dans les territoires occupés. Ces organisations, qui ont des ramifications et des liens dans le monde entier, constituent un grave problème de sécurité auquel la région va maintenant devoir faire face ».

2.8. La duplicité des Puissances

Dès le début de cette guerre en 1996 et son rebondissement en 1998, la communauté internationale a fermé les yeux sur la violation massive des droits de la personne que ce conflit a occasionnée et la violation de l’intégrité territoriale de la RDC et sa souveraineté nationale pourtant protégée par les instruments du droit international.

C’est seulement après le scandale sur le plan du droit international des affrontements entre 2000 et 2001, trois fois de suite, entre le Rwanda et l’Ouganda, dans la 3e ville congolaise (Kisangani) pour le contrôle du marché de diamant, que le conseil de sécurité sera contraint à agir.

2.9. Un conflit dont le nombre de victimes humaines révolte les consciences.

Le conflit en RDC a été le plus meurtrier depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La guerre de 1996 garde encore un passif du massacre de plus de 200.000 réfugiés rwandais de l’ethnie hutu sur le territoire congolais. Celle de 1998 a vu s’aggraver la pratique des tueries collectives [Ndr : L’on se souviendra pour longtemps des massacres de : Kasika, Makobola, Katogota ; des guerres de Kisangani, des exécutions sommaires à Kavumu, au pont Tshopo, du viol comme arme de guerre, du cannibalisme et autres cruautés. ]. Les Ong humanitaires ont parlé de 3.5 millions de morts, 2.5 millions de déplacés, parmi lesquels on dénombre plus de 400.000 enfants [Ndr : Voir IRC (May 2001) Mortality in Eastern Democratic Republic of Congo, International Rescue Committee)… Voir aussi, pour les déplacés, OCHA (September 2001) Affected Populations in the Great Lakes Region.
Et pour les enfants, voir ‘ Christian Aid, Oxfam GB, Save the Children (August 2001) No End in Sight: The Human tragedy of the Conflict in the DRC’
]. 16 millions de Congolais touchés directement par les effets de la guerre, une prévalence galopante du VIH/SIDA [Ndr : Voir IRC (May 2001) Mortality in Eastern Democratic Republic of Congo, International Rescue Committee)… Voir aussi, pour les déplacés, OCHA (September 2001) Affected Populations in the Great Lakes Region.
Et pour les enfants, voir ‘ Christian Aid, Oxfam GB, Save the Children (August 2001) No End in Sight: The Human tragedy of the Conflict in the DRC’
].

3. LA CONTRUCTION DE LA PAIX EN AFRIQUE CENTRALE

3.1. Les enjeux et défis des initiatives de paix dans la région de l’Afrique centrale

Comme on l’a suffisamment démontré, Les conflits dans la sous régions s’influencent mutuellement. Pour engager la région dans une phase de construction durable de la paix et de développement plusieurs initiatives de paix ont été mises sur orbite.

3.1.1. La conférence internationale sur la région des grands lacs.

La première fut la conférence internationale sur la région des grands lacs. Cette conférence s’est fixé comme objectif de travailler à « transformer la région des grands lacs…en espace de paix et de sécurité durables, de stabilité politique et sociale, de croissance économique et de développement partagés…au profit des peuples ».

Elle a accouché d’un pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des grands lacs.

Ce pacte est un document juridique de coopération et de droit international et régional qui a l’ambition de régler les relations entre les pays de cette région sur les bases du respect des principes de souveraineté nationale, d’intégrité territoriale, de non ingérence dans les affaires intérieures des autres Etats membres, de non agression, et de règlement pacifique des différents.

« Le pacte engage les Etats partis de manière solennelle et non équivoque à :

  • Renoncer à l’emploi de la force comme politique, moyen ou instrument visant à régler les différents ou les litiges,
  • S’abstenir d’envoyer ou de soutenir des oppositions armées ou des groupes armés ou insurgés sur le territoire d’un Etat membre ou de le tolérer,

coopérer à tous les niveaux en vue du désarment et du démantèlement des groupes rebelles armées existants » [Ndr : Maître Néhémie Mwilanya Wilondja, Introduction au pacte sur la sécurité, la stabilité, le développement dans la région des grands lacs, octobre 2007.].

Le pacte engage aussi les états partis à respecter les principes et normes démocratiques, à promouvoir le pluralisme politique, à organiser à intervalle régulier des élections libres démocratiques et transparentes ». Ce pacte est entré en vigueur le 21 juin 2008.

Cependant sa mise en application a été mis en mal par les conflits persistants entre la RDC et le Rwanda.

3.1.2. La tripartite plus.

Pour s’adresser principalement au différent qui oppose le Rwanda à la RDC, les Etats unies d’Amérique initieront l’initiative appelé tripartite plus. Celle-ci est chargée de rapprocher les points de vue de la RDC et du Rwanda. C’est cette action diplomatique qui accouchera du document signé en 9 novembre 2007 intitulé : « Communiqué conjoint du gouvernement de la République démocratique du Congo et du Gouvernement du Rwanda sur une approche commune pour mettre fin à la menace pour la paix et la stabilité des deux pays et de la région des grands lacs ». Ce communiqué sera assorti d’un plan pour la résolution du problème des ex-far et interhamwe en RDC. Ce plan « décrit les grandes lignes des actions à entreprendre par le gouvernement de la RDC, le Rwanda et la communauté internationale…pour la résolution du problème des ex-far et interamwe en RDC. » [Ndr : Rigobert Minani Bihuzo s.j, Du pacte de stabilité de Nairobi à l’acte d’engagement de Goma. Enjeux et défis du processus de paix en RDC, éd Cepas/Rodhecic, P. 90-91].

L’originalité du communiqué conjoint de Nairobi pour ce qui est de la RDC est qu’il offre désormais aux réfugiés Hutu rwandais trois possibilités :

  • La première est celle d’un retour volontaire au Rwanda,
  • Le deuxième c’est la relocalisation loin des frontières rwandaises, qui ne désirent pas rentrer dans leur propre pays,

Enfin des opérations militaires pour l’arrestation, un transfert au TPIR ou au Rwanda de tous ceux qui sont poursuivis pour crime de génocide et crime contre l’humanité ou crime de guerre. En outre, tout réfugiés qui n’accepterait pas la première et la deuxième proposition serait soumise par l’opération militaire prévue comme troisième possibilité. » [Ndr : Rigobert Minani Bihuzo s.j, Du pacte de stabilité de Nairobi à l’acte d’engagement de Goma. Enjeux et défis du processus de paix en RDC, éd Cepas/Rodhecic, P. 90].

Cette initiative a la faiblesse de ne pas intégrer les questions de démocratie, de respect de droits humains et de justice équitable comme préalable pour la paix et le développement.

3.1.3. La Conférence de Goma et le programme Amani.

« Après que l’on se soit adressé à la dimension sous régionale des conflits dans la région des grands lacs. Après que sous l’égide des Etats Unies, la RDC et le Rwanda se sont donnés des mécanismes pour affronter principalement la question des groupes armés étrangers présents sur le territoire congolais, le gouvernement congolais s’est mobilisé pour résoudre la question de l’insécurité à l’Est de la RDC » [Ndr : Idem P. 119]. Un des objectif spécifique de cette conférence et du programme amani mis en place pour en assurer le suivi sera entre autre de « mobiliser l’ensemble de la communauté nationale, sous régionale et internationale à accompagner le processus de pacification et de développement de l’Est de la RDC ».

Conclusion

1. Reconstruction des Etats.

Comme on l’aura suggéré, les conflits en Afrique centrale prolongent la mauvaise gouvernance qui a caractérisé la plupart des États postcoloniaux., ces régimes du Nord qui ont sous-estimé les conséquences à moyen terme de la corruption, des violations des droits de la personne, de l’absence d’état de droit, ou des fraudes électorales.
Les différentes initiatives de paix encourage la région à mettre le cap sur la mise en place des politiques de reconstruction des Etats c’est à dire.

  • Organiser un système de gouvernance ou les composantes sociales significatives seront représentées du pouvoir (politique, économique et militaire).
  • Développer des capacités administratives, d’infrastructure, de services judiciaires, de service militaire apolitique, professionnel, au service des peuples et non des seuls dirigeants.

Pour ce faire les pays de la région doivent s’exercer à :

  • Une lecture commune et sans complaisance, au niveau national et sous-régional, dans la vérité et la transparence des raisons à la base des conflits.
  • L’élaboration de politique commune contre la pauvreté. A travers des projets communs de développement du continent.
  • La transformation des économies de prédation et de guerre en économie de commerce intégrée.

La mise en place des mécanismes communs de prévention des conflits futurs, reliés aux mécanismes de l’Union Africaine et des Nations unies.

La lutte contre l’impunité.

Les différents rapports de droits de l’homme dans la sous-région notent que les différents conflits ont été responsables des graves violations des droits de la personne. L’impunité des crimes passés, la généralisation des crimes contre l’humanité, des génocides, des crimes politiques et économiques ont crée des rancoeurs et des traumatismes, qui doivent êtres adressés avec humilité et responsabilité. L’absence dans la majorité des pays de la région des systèmes judiciaires forts, impartiaux et crédibles, et la pratique de la justice du vainqueur sur le vaincu fait de l’impunité structurelle un des défis majeur de la justice et de la réconciliation.

La Lutte contre les rivalités internationales.

La compétition franco-britannique ou franco-américaine pour le contrôle de l’Afrique centrale a des conséquences tragiques sur la région. Elle contribue encore aujourd’hui à donner une illusion de sécurité à certains dirigeants de cette région.

La construction d’une paix durable en Afrique centrale exige aujourd’hui que l’on échafaude des mécanismes rationnels et cohérents de gouvernance, capable de faire face aux multiples forces actuelles de la désorganisation et des troubles dans cette région.

L’horizon est connu ; c’est l’Etat de droit, la bonne gouvernance, la participation populaire, le développement durable, la démocratie et la paix. Certains nombre de pays dans la région sont pour la première fois de leur histoire entrain de faire les premiers pas dans la bonne direction. Les populations espèrent que ces mêmes efforts seront fournis par tous les pays.

Rigobert Minani Bihuzo Bin Kakuru s.j
Animateur du secteur sociopolitique du Cepas,
Permanent du Réseau d’organisations des droits humains et d‘éducation civique
D’inspiration chrétienne en RDC, (RODHECIC). Président du Groupe Jérémie.