par Roland Rugero

2ème à gauche, le Père Général A. Nicolas, s.j
2ème à gauche, le Père Général A. Nicolas, s.j

« Pour une meilleure Afrique : qu’avons-nous fait ? Que faisons-nous ? Que devons-nous faire ? » Des questions qui ont soulevé une réflexion solidaire des anciens élèves des Jésuites, du 22 au 27 juillet au Lycée du Saint-Esprit, à Bujumbura.

C’était la première fois en Afrique ! Et ce, depuis la création de l’Union Mondiale des Anciens élèves des Jésuites- UMAJ en 1956. Tout un symbole comme le signalait Eric de Langsdorff, le président sortant de la Confédération Européenne des anciens des Jésuites : « Le Burundi est un pays qui a été accablé par des drames humains. C’est peut-être aussi d’ici que doit repartir l’espoir dans toute la sous-région.» Un défi logistique aussi : « J’étais consterné quand j’ai appris en 2007 que les Burundais avaient proposé d’organiser le congrès mondial à Bujumbura, après le désistement du Cameroun » se rappelle le Père Bob Albertijn s.j. Mais voilà, poursuit ce jésuite belge qui fut préfet du Lycée du Saint Esprit de 1990 à 2003, « le Congrès de Bujumbura se révèle être une grande réussite, car les vraies questions ont été posées. » La résolution sanctionnant la clôture félicite d’ailleurs l’ABAJ pour « la réussite remarquable de ce congrès. » Le seul regret selon le Père Albertijn, s.j, est l’impression que le Congrès a quelques peu oublié les jeunes peu nombreux dans son organisation. Une situation qui s’expliquerait par des frais de participation élevés-100.000 Fbu par personne, quand on sait que la bourse d’étudiant n’est que de 30.000 Fbu.
Avant-midi réservés à des conférences et travaux en groupes, les après-midi notamment aux témoignages des anciens des Jésuites. Une soirée culturelle de trois heures avec les tambours burundais, danses traditionnelles burundaises et rwandaises, ou encore du violon. Un ballet sera présenté par des élèves congolais du Collège Alfajiri retraçant l’histoire des souffrances de l’Afrique. Programme chargé pour les conférenciers. Et la chaleur de l’été africain s’invitait parfois, prolongeant les siestes des moins jeunes…

Cette Afrique méconnue

Nombreux parmi les cent cinquante six visiteurs étrangers qui étaient là foulaient la terre africaine pour la première fois. « Les images et idées qui viennent à l’esprit des gens sont la faim, le SIDA, le génocide, la corruption, la guerre, la, pauvreté » rappellera dès le premier jour le Père Peter Henriot, s.j, du Jesuit Center for Theological Reflections de Lusaka, en Zambie. De préjugés imputables à une fausse représentation par les médias occidentaux de l’Afrique au reste du monde, comme le soulignera Lindell Steve, de la Seattle Univeristy. Une aura qui devrait être changée par la création d’un réseau d’information fiable, selon le Dr Natalia Encolpio, journaliste italienne. « J’ai visité le Kenya, le Rwanda, le Mozambique, l’Afrique du Sud, puis le Burundi. Je ne pouvais pas imaginer qu’il puisse y avoir en Afrique des rues plus propres que celles de Rio de Janeiro. Ce qui m’a choqué en fait était mon ignorance sur la richesse de ce continent et de son peuple » témoigne Fabio Cerqueira, brésilien. Et ce constat reviendra tout au long des travaux en groupes, et des exposés des conférenciers : « Tout n’est pas dit sur l’Afrique » martèlera le Père Henriot, s.j.

Interrogations partagées

Aux questions « Qu’avons-nous fait ? Que faisons-nous?» répondra entre autre la réflexion du Peter Henriot, s.j, mettant en relief les énormes potentiels du continent africains par rapport à ses problèmes. Christian Munezero, un jeune ancien du Lycée du Saint-Esprit témoignera de son expérience au Tchad où il travaille dans la Jesuit Refugee Service : « Près de 18 000 écoliers suivent des cours dans les écoles construites par la JRS. J’ai le sentiment de travailler à la création de l’espoir. » Le Pr Jean Jacques Muyembe de l’Université de Kinshasa, qui a d’ailleurs enseigné le 1er vice-président du Burundi le Dr Yves Sahinguvu en médecine parlera de son expérience en tant que spécialiste du virus d’ebola. Une manière de mise en relief des potentialités de l’Afrique en termes de ressources humaines. ‘Et que devrions-nous faire ?’ La réponse est simple : agir ! Réfléchir pour comprendre ce qui se passe réellement en Afrique. Etablir des rapports plus respectueux envers l’Africain. Agir pour une meilleure justice sociale. Et puis des actes concrets, aussi. Le Père Général des Jésuites, Alphonso Nicolas, s.j, souhaitera une plus grande implication des jeunes dans les activités de l’UMAJ.